L’ancien rugbyman Ismaïla Lassissi désosse toujours !

Troisième ligne qui a marqué l’histoire du club de rugby de Rodez au milieu des années 1990, l’Ivoirien Ismaïla Lassisi, ayant ensuite poursuivi sa carrière au Castres olympique, est devenu depuis désosseur dans l’agroalimentaire.

Ses raids aussi puissants que dévastateurs restent en mémoire des connaisseurs du rugby ruthénois, époque Groupe B, au milieu de l’ultime décennie du dernier millénaire. « Je l’ai vu aller à l’essai avec quatre mecs sur le dos accrochés au maillot », souffle d’ailleurs le reporter suivant l’actualité du SRRA à l’époque pour Centre Presse, Rui Dos Santos. Une puissance qui avait marqué également son coach d’alors Christian Gajan, au point qu’il parte avec lui chez le voisin castrais (lire par ailleurs). Aujourd’hui, celui qui a fêté ses 50 ans le 11 septembre dernier, désosse toujours. Mais pas sur le rectangle vert. Plutôt un couteau à la main, au sein d’une entreprise du secteur de l’agroalimentaire dans le Tarn. Un département et une ville, Castres, qui l’ont accueilli après deux saisons passées à Rodez (95-97). « Ils m’ont adopté, oui », indique-t-il, même s’il se souvient de son passage ruthénois : « à Rodez, c’est vrai qu’à Paul-Lignon, j’entendais le public faire du bruit quand j’allais percuter. » Pour lui, le Piton aura pour autant été seulement un tremplin vers une très belle carrière dans l’élite. Inespérée même pour celui qui est arrivé au rugby « par accident ».

Ismaïla Lassissi, ici à Paul-Lignon sous le maillot ruthénois face à Carcassonne, en mars 1997.

Bernard Laporte et un staphylocoque

En Côte d’Ivoire, jeune, il pratique le football, et s’essaye au rugby presque par hasard sur les conseils d’un prof d’EPS. Ses qualités naturelles (1,88m, 103 kg) sont évidemment repérées. Et il dispute le Mondial 1995 avec la sélection, juste avant de débarquer dans l’Aveyron ! « À Rodez, il y avait déjà deux Ivoiriens, Édouard Angoran et Toussaint Djehi, se souvient celui que Bernard Laporte, alors tout nouveau sélectionneur du XV de France, aura appelé en 2000 avant de ne pouvoir disposer du 3e ligne centre pour des raisons administratives. Le club avait regardé les matches de la Côte d’Ivoire et ils (les dirigeants, NDLR) avaient envie que je vienne. » Le début est délicat, avec six mois bloqué en réserve avant que la FFR ne valide sa licence pleinement. Et ne montre à la face du rugby français tout le potentiel du bonhomme… qui sera stoppé net en 2003 par une opération du genou lors de laquelle il contracte un staphylocoque doré. Deux ans de galère pour une pleine guérison et une reconversion forcée. Depuis, le n°8 ne joue évidemment plus au rugby. Mais il va « voir les matches du CO avec les anciens du club ». Il a même été appelé par l’Aviron castrais pour coacher les avants en 2012 et pour deux saisons. Et voit son fils de 12 ans, Killian, « s’éclater avec ses copains » à l’école de rugby de Castres. Sans oublier la sélection ivoirienne pour laquelle il collabore avec le staff.

Christian Gajan : « Un des premiers impacts players »

L’ancien entraîneur du Stade toulousain, de Castres ou encore de Trévise en Italie se souvient parfaitement de celui qui était à Rodez en Groupe B. « Ismaïla, c’est un des premiers impacts players, comme on dit aujourd’hui, envoie d’entrée l’ancien coach ruthénois (1993-96). Et à l’époque, il n’y en avait pas tant que ça. C’était un joueur extrêmement puissant ; très costaud, mentalement et physiquement. » D’ailleurs quand Christian Gajan quitte Rodez pour rejoindre le Castres olympique, il emmène son joueur dans ses valises. « On avait organisé un rendez-vous entre les présidents et on avait réuni les conditions pour que les deux clubs soient satisfaits de la situation. À l’époque, il n’y avait pas toutes ces histoires de contrat… »
Le capitaine Claude Larroque sur les fesses dès le premier entraînement !
Et s’il a joué sous les couleurs ruthénoises durant seulement deux saisons, il n’a pas fallu longtemps au natif d’Abidjan en Côte d’Ivoire pour marquer les esprits. Là encore Gajan se rappelle : « Lors de son premier entraînement, on réalise un atelier en un contre un dans l’en-but. Tout le monde voulait le tester, à commencer par le capitaine, Claude Larroque. Sur le premier ballon, Claude est parti sur les fesses et de trois ou quatre mètres ! » Lassissi était clairement « au-dessus du lot ». Comme ce jour de derby face à Aurillac, se remémore encore son ancien entraîneur : « Je lui dis : “Ce soir Ismaïla, il me faut deux essais”. Et, en n°8, il fait deux départs derrière la mêlée avec une course de 50 mètres lors desquelles il met quatre adversaires sur les fesses. Il marque deux fois, et le fait tout seul ! » Aurélien Parayre