Edouard Angoran

3eme ligne reconverti talonneur , Edouard Angoran fĂ»t de la fabuleuse aventure du XV Ivoirien en Afrique du Sud. FormĂ© au TOEC puis Ă  Colomiers Rugby en Reichels , il a commencĂ© en sĂ©lection Ivoirienne en 1993 , pour les matchs de qualification Ă  la CDM. Il se souvient avec Ă©motion du tournoi qualificatif au Maroc et de ce « moment fabuleux  » oĂą ils ont cĂ©lĂ©brĂ© leur qualification après  » d’interminables arrĂŞts de jeu « .  » On sautait partout , on se prenait dans les bras, nous Ă©tions tellement petits face Ă  l’Ă©vĂ©nement qu’on avait du mal Ă  y croire  » . Edouard a jouĂ© a RODEZ RUGBY en groupe B , oĂą il a assistĂ© Ă  la confirmation du talent d ‘ Ismael Lassissi et Ă  l’Ă©mergence d’un certain Tian Silvere Coyotito , avant de finir sa carrière Ă  Decazeville .PlongĂ©e dans ses souvenirs…

Ton sentiment au moment de revĂŞtir le maillot de la selection nationale de CĂ´te d’Ivoire ?

La sensation est Ă©norme, on se sent investi d’une mission . DĂ©jĂ  lorsqu’on porte le maillot de son club c’est une responsabilitĂ© , mais lĂ  reprĂ©senter un pays , une nation, c’est très fort. Beaucoup d’Ă©motions et de fiertĂ©.

Ton meilleur souvenir ?

Il y en a tellement ! C’est difficile de choisir mais je dirais au moment de l’annonce de la composition d’Ă©quipe pour le premier match de coupe du monde face Ă  l’Écosse, lorsque l’on m’a remis le maillot. C’est un mĂ©lange de fiertĂ©, de responsabilitĂ©, d’honneur…. Ă€ notre niveau c’Ă©tait Ă©norme de participer Ă  une Coupe du Monde , d’ĂŞtre invitĂ© dans la cour des grands ! On allait affronter l’Écosse de Gavin Hastings , des mecs qu’on regardait a la TV ! Entendre l’hymne Ivoirien , dans un stade de Coupe du Monde , en Ă©tant la 1ère nation d’Afrique noire Ă  participer Ă  un tel Ă©vĂ©nement….c’Ă©tait historique !

Ton plus grand regret ?

La blessure de Max…Le gros point noir de cette aventure .

Le joueur le plus fort avec qui tu as joué ?

Sans hĂ©siter IsmaĂ«l Lassissi. Quand je l’ai connu en sĂ©lection alors qu’il Ă©voluait encore en CĂ´te d’Ivoire, c’Ă©tait dĂ©jĂ  une force de la nature , avec une technique aussi. Un gros potentiel qui a rĂ©ussi une superbe carrière en France .IsmaĂ«l c’est un athlète, un joueur Ă©lĂ©gant, un mental de fou. C’est un monsieur .

L’adversaire le plus redoutable ?

Je dirais l’Ă©quipe de France , mĂŞme si on a pris plus de points face Ă  l’Écosse. Leur jeu Ă©tait posĂ©, en place, alors qu’on a rĂ©alisĂ© un meilleur match face Ă  eux , avec notamment deux essais inscrits. Face Ă  l’Écosse, pour le premier match , nous Ă©tions dĂ©stabilisĂ©s, remplis d’Ă©motions et nous n’avons pas Ă©voluĂ© Ă  notre niveau.

Le plus grand ambianceur ?

Les 3/4 en gĂ©nĂ©ral, ils nous faisaient bien marrer. Victor Kouadio Kouassi , notre arrière, Ă©tait pas mal , avec son rire particulier ( rires) . Le joueur perdu de vue que tu aimerais revoir ? Patrice Pere alias « gĂ©ant vert  » , un sacrĂ© numĂ©ro. Jean Baptiste Sathicq aussi. J’ai gardĂ© des contacts avec certains joueurs.

L’anecdote que tu n’as jamais racontĂ©e ?

Si j’ai gardĂ© certaines anecdotes pendant 25 ans, je peux les garder 25 ans de plus (rires).Une scène m’a particulièrement marquĂ© et reste ancrĂ©e dans mes souvenirs.Lors de notre arrivĂ©e en Afrique du Sud , nous avons Ă©tĂ© conviĂ©s Ă  un repas avec toutes les autres nations participantes . Les Springboks nous ont accueillis , ils Ă©taient alignĂ©s devant nous…Ils Ă©taient impressionnants ! On avait des joueurs de 2mètres dans l’Ă©quipe : Jean Aka, Djakaria Sanoko, mais nos 2 mètres n’Ă©taient pas les mĂŞmes que les leurs !! Ils Ă©taient grands , costauds , larges , heureusement qu’on les a pas affrontĂ©s ( rires) .Plus loin on s’est retrouvĂ©s avec les Japonais , ça nous a rassurĂ©s car on s’Ă©tait dit qu’on Ă©tait pas les seuls, qu’on pouvait regarder certains dans les yeux ( rires).Ce dĂ©calage…c’Ă©tait vraiment marquant et impressionnant .

Le conseil que tu donnerais à un néo international ?

Peu importe le niveau , lorsque l’on a la chance de reprĂ©senter le pays il faut s’investir, se battre , aller jusqu’au bout des choses . On reprĂ©sente le top du pays, il faut se dĂ©passer. Quand un joueur rentre dans ce cercle , il faut qu’il profite , qu’il en soit fier, tout en prenant conscience de ce que cela reprĂ©sente. Se dĂ©foncer et montrer l’exemple sur le terrain, jouer le rĂ´le de grand frère et ensuite transmettre le tĂ©moin aux nouveaux pour assurer une continuitĂ©.

Edouard a en 2003 montĂ© son cabinet de courtage en assurances Ă  Rodez oĂą il vit. S’il n’a pas vĂ©ritablement gardĂ© un pied dans le rugby depuis la fin de sa carrière, le projet prĂ©sentĂ© par Olivier DiomandĂ© le « remet en selle  » et lui donne envie « d’ĂŞtre utile, d’aider son pays « .  » La clĂ© pour dĂ©velopper le rugby en CĂ´te d’Ivoire est de re fĂ©dĂ©rer un maximum de personnes, et Olivier est la personne idoine pour cela. Son projet et son discours m’ont convaincu . C’Ă©tait un joueur extraordinaire et il avait dĂ©jĂ  cette capacitĂ© Ă  fĂ©dĂ©rer en tant que joueur. » Garder le lien avec la CĂ´te d’Ivoire est important pour celui qui Ă©tait surnommĂ© « Doudou » en selection. Ayant quittĂ© le pays assez tĂ´t, il prenait « un plaisir fou Ă  retrouver mes compatriotes Ivoiriens . Passer du temps avec eux me reconnectait avec le pays, c’etait un vĂ©ritable retour aux sources « .

Quoi de mieux pour transmettre le flambeau et assurer une continuitĂ© au rugby Ivoirien que de s’appuyer sur des anciens ayant rĂ©ussi leur carrière rugbystique ?